BLOG de CLARA 09-2021 N°1

- Clara, qu'est-ce tu penses de ma nouvelle casquette blanche ?

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PHOTOS

1. Le bassin et les deux lunes

par P Soulclos

2. Marlon Brando et Jack Nicholson, photographiés par Mary Ellen Mark. Je tiens le second pour bien plus génial que le premier mais ce sont deux belles grandes gueules. Nicholson semble s'être retiré du monde. Il a raison.

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L'Entre deux mers : bizarre-bizarre ?

...comme vin, pas terrible. Mais l'autoroute, très spéciale. Elle me conduit à vous, Clara, et je passe à quelques doigts de vous, mais je ne peux pas vous voir, vous parler, vous toucher. J'enrage. Mon pauvre lien avec vous : 

https://www.youtube.com/watch?v=Qm1HU9fF8SE

Personne ne va voir cette vidéo absurde et nullissime, évidemment. Sauf vous et moi. 

Style : "On de voit demain sur Youtube ? Sur le Blog ? ...Sur la toile ?" 

 

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MODES et TRAVAUX

 Je viens de faire mon inventaire. Je possède neuf pull over, dont sept sont bleu marine. Influence du capitaine Haddock ? 

Tous des pulls aussi chers les uns que les autres. Conclusion : les hommes sont dépensiers et manquent de fantaisie. J'en ai pour un fameux bail... Je demanderai à être incinéré dedans.

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PEINTURE

Qui donc était ce JL Berquet à qui mon père acheta un jour ce petit tableau ? 
Un autre jour, il me l'a donné et je l'ai accroché en dessus de mon bureau. 

Les ocres, les verts et les gris rappellent que la haute Provence n'est pas forcément un endroit riant, ensoleillé et confortable. Qu'elle est d'abord le pays des bergers et ensuite celui des bobos-parigots-tête-de-veau.

Oliviers, hauts, plateaux, l'orage. Un coup de bleu. Le "numérique" et Apple propulsent toute la lumière chopée par Berquet bien au-delà de celle de son vrai tableau. 

- Ce tableau, je l'adore.

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PHOTO REPORTAGE  

L'Inde, en 2012, il y a presque dix ans. Une rue ordinaire. Vie quotidienne. L'image prend tout son sens quand elle est seule, comme toujours. Je suis content de l'avoir prise. Alors, où va cette femme ? Chez elle, bien sûr. Pourquoi ne va-t-elle pas ailleurs ? Mais pourquoi faire ? Connaît-elle les USA, la France ? Non, mais pourquoi ? A-t-elle un mari ? Oui, bien sûr et mariage arrangé. Pense-t-elle parfois le quitter ? Non : pourquoi ? A-t-elle un petit ami ? Non. Pourquoi ? Elle ne possède rien de plus qu'un téléphone portable, une "brique" qu'elle glisse dans son soutif ou dans son sari.

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PHOTO FOR EVER 

 

En relisant Don McCullin et en observant ses images de près, je me suis demandé avec quel appareil (outil) il les avait faites. Classique : quand je rencontre un meilleur photographe que moi, j'accuse le matériel. " S'il est meilleur que moi, c'est qu'il a du bon matos ". On a ses limites... 

Bref, l'autre jour, je cerne la question comme un ingénieur + un ordinateur et j'achète un nouvel appareil aux petits oignons. Un Canon A1, 35 ans d'âge. ARGENTIQUE, ça va de soi (les " jeunes " y reviennent et font... monter les prix du matériel d'occasion et des pellicules, qui ont doublé en un an).

Premier paradoxe : j'ai déjà possédé un Canon, mais un F1, le top + un zoom Angénieux (made in France, une autre Rolls ; personne ne sait faire un aussi beau choix. Je les ai gardés une quinzaine d'années, USA, etc. Je l'ai revendu comme un con il y a 20 ans à un journaliste, et maintenant j'essaye de le racheter : un comble). 

Donc, j'achète avec Paypal, Clara, mais en suivant un nouvel itinéraire : je joue la pauvreté, comme mon fils. La légèreté. Less is more. J'achète d'occasion, j'achète donc sur Ebay au Japon (les Jap's sont d'extraordinaires revendeurs, im-pé-ccables). Sauf que je ne parle absolument pas du tout japonais, je l'avoue. Je n'ai aucun moyen de recours, je vais payer de la TVA mais je sais pas combien ; un comble : l'appareil ne devrait pas arriver vers le 10 septembre. Mais les Jap's tiennent les délais. 

- Et je paye, Clara, je paye ! Risque ? 300 euros, MAIS J'Y CROIS : je fais en général confiance, et en particulier aux Japonais). 

J'achète un appareil démocratique et pas une Rolls, j'achète un appareil basique mais léger ; j'achète un objectif peu performant, mais léger. Et dorénavant je voyagerai LÉGER, pas cher. 

- En espérant que sur ma route de baroudeur musclé, des filles super me demanderont de les immortaliser à poil. J'ai mes chances ?

 

 

Photo du Canon. Parfaite, comme toujours avec les Japonais. Presques parfaites avec les boches ; médiocres avec les Français, amerloques, ritals, etc. Nulles avec les rosbifs, popovs & C°. Peut-on tolérer d'acheter un appareil à un mec qui sait pas faire une photo propre ? 

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MAURICE-EDGAR COINDREAU : Mémoires d'un traducteur - entretiens avec Christian Giudicelli

Les mémoires du plus grand traducteur de Faulkner, O'Connor, T William & C°. Pourquoi pas ? Il peut nous parler de ces écrivains-là comme personne, Coindreau. Il a vécu avec eux, transpercé leur pensée, marché dans leur cerveau. La traduction, c'est un monde en soi. J'ai déjà parlé avec des traducteurs - des grosses pointures - : tous passionnants. Même si il faut savoir les faire parler, même si en théorie pour l'imagination, l'écriture, la création, tout ça, on pourrait discuter, ils sont un monde en soi. Nous l'avons cité à l'Académie, Maurice-Edgar, mais on était deux ou trois, pas plus, à se comprendre...

 

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MARIAGE 2021, SUITE

Oui, Clara, ce fut un beau mariage et le Campari-soda c'est bien bon, même si ça NE remplace pas le vin de messe. 

Q : quel est le plus typique ? 

- Le gars de gauche avec son marcel orange, ou celui de droite, qui porte depuis des lustres une belle amie sur son épaule ? 

Nous avons un peu parlé, Clara, il ne savait plus trop de qui il s'agissait. Son pb n'était pas là, mais dans l'évolution du monde des jeux. Avec la covid, les gens ont déserté les cafés-tabac-tierct démocratiques et populeux pour jouer sur le Web en toute sécurité. Dès lors, finies les arrivées au galop frénétiques sur les chaînes TV PMU. Finis les vociférations, finies les tournées générales des gagnants. Finis les bénéfs et le black.

Y a  plus de France, chère Clara. Moi je crois ça ressemble à de la masturbation, de jouer tout(e) seul(e) sur le Web. J'y ai dit, au pépère mastroquet.

- Et puis après, j'ai siroté mon Campari en lisant L'Équipe. Quinze ans que ça ne m'était pas arrivé. Depuis ce jour ou, stupéfait, j'ai vu trois petites beautés s'asseoir à la terrasse ensoleillée d'un bistrot et la plus jolie oublier ses copines pour déplier l'Équipe et la dévorer en silence. L'Équipe ! Même mon paternel la lisait...Mais L'Équipe, c'était lu à 100 % par des hommes. Un vrai refuge culturel. Et que lisait-elle, ma bombe, les jambes écartées, tellement concentrée qu'elle montrait sa culotte noire ? le foot ? Le vélo ? Le basket ?

- Tout fout le camp, chère Clara. Y compris moi, qui n'ai pas regardé un seul match de la coupe du monde de foot depuis un demi-siècle, ni une seule étape du Tour de France depuis vingt ans. 

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Le Jabron et sa vallée

Très, très lointains souvenirs. Un ou deux dimanches avec mon père. Il nous emmenait, en auto bien sûr. Il pêchait à la ligne (pourquoi ? D'après ma mère, ironique et c'est nouveau, il ne prenait rien ; ça aussi, c'est nouveau). Nous pique-niquions. Il buvait de la bière bas de gamme en bouteilles d'un litre qu'il ne finissait jamais. On rentrait. Pas de St J. ces dimanches-là. 
Photo ci-dessous : mon petit-fils, un autre Paul N. dans la même rivière, soixante ans plus tard. Son père vient de découvrir ce coin. Un de ses copains gynécologue et playboy qui avait loué une maison l'y a emmené. Mon fils découvre. NN ignore tout de mon enfance et de la vie de son grand-père PN, buveur de bière repenti à jamais. Son fils encore plus. Une nuit, NN m'a appelé. J'étais à Paris. Il roulait à fond sur une autoroute inconnue, en rentrant du ski. Il ne savait plus du tout où il était, paumé, il devait prendre de l'essence. Je le lui ai expliqué : il passait à 12 km de Forcalquier. Il ne le savait même pas !
 

Le Jabron séparait la pays de Forcalquier et celui de Sisteron. Grâce à nous deux et à nos débauches, ils se sont accouplés d'une autre manière. Drôles de pays ? 

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" Diaries " : ma tante SUZANNE M. s'en est allée. Ça m'a inspiré toutes ces lignes que j'ai rajoutées aux 1000 lages des mes Mémorables. Extrait : 

...Mort de Tante Suzanne M. au Petit Jardin. Michel, Isabelle, Alain, Yves. 16/01/25/1925-27/08/21 : 96 ans. 
Inconsciente depuis des années, gardée 24h/24 par du personnel médical au Petit jardin. J'étais passé la voir hier. Il y a des années qu'elle ne me reconnaissait plusMon cousin M. n'a pas voulu la revoir. Il était à peine au courant de son état. Quelque part, la mort de sa mère constitue le dénouement de son étrange histoire. Comme Magnus Pym dans l'incontournable Perfect Spy, il est " enfin libre ". Une histoire si spéciale, chère Clara ?
Partir dîner à St J. avec Petite Mère, qui a tout de même perdu sa soeur et qu'on ne doit pas laisser toute seule, non ? Morgon. Lui changer les idées. Elle aura accompagné, veillé, vu, sa soeur aînée jusqu'au dernier jour, avec A., très touché. Dans ces moments-là, elle reste incroyablement réaliste, lucide, rassurante. Pour une fois, Saint-J. n'est pas envahi.
 

ÉCRITURE : " Je suis plus touché que je ne l'aurais cru. À St J., il n'y avait que le vent, qui soufflait encore doucement ce soir-là, vers huit heures. Je suis descendu jusqu'au bassin avec Leica, j'ai pris une ou deux photos depuis la terrasse. Rétina, Leica et iPhone : je me suis rappelé L., qui avait si souvent photographié Suzanne sur les rebords de ce bassin où nous avons tous appris à nager. Il rêvait sans doute de la photgraphier nue, mais ça ne se faisait pas chez lui. Mais ça se fait chez moi. Eau froide et arrêt sur image. 27/08 : c'est l'aînée de la famille R. qui quitte son St J. pour s'en aller au cimetière du P., à trois petits km de là. Elle va prendre une dernière fois cette route qu'elle a remontée si souvent si douloureusement à vélo pendant la guerre. Elle emporte avec elle plein de choses bonnes ou absurdes, de rires et d'erreurs, de certitudes et de souvenirs et d'illusions. Comme tout le monde. Elle ne faisait pas bien la cuisine, Suzanne, mais personne ne lui avait appris, après tout. 

Le soleil qui se couchait, le vent bruyant, St-J. : on sentait mes grands-parents tout proches. 1925 : sur une photo, on peut voir leur fille Suzanne dans les bras de son prestigieux grand-père Hubert G. 39-45 : adolescente, leur fille Suzanne lit tant qu'on lui arrache les livres de mains. Mais que faire d'autre, pendant cette maudite guerre ? Elle a vingt ans à la Libération. Et alors, qu'en faire, de la Libération ? 

20h00 : les champs — MES champs — étaient toujours les mêmes champs. Suzanne n'était plus là pour écouter le vent. Le cher vent qui ne comprenait rien, qui ne changeait pas, somme toute : impitoyable, inexorable, mauvais. Rien de neuf sous le soleil, disiez vous, chère Clara. Les plaisanteries à double sens de mon père qui la faisaient tant rire se sont tues. 

Quatre-vingt-seize ans de vent pareil, rideau. De toutes les façons, chère Clara, elle le connaissait peu, mon ami le vent. Il l'avait tant contrariée quand elle rentrait en vélo de la fac, à la montée de P., par B. Le vent, la guerre, tout ça... Le mistral ne faisait plus que lui soulever les jupes. Je ne crois pas l'avoir jamais aperçue sur les chemins de St-J., ma Tante Suzanne... Curieux : jusqu'à son dernier souffle, Père plaisanta avec Suzanne. Rien de très grivois, mais juste un peu. Il trouvait sans doute en elle un public qu'il n'avait pas chez lui, et elle devait trouver en lui un clown spirituel, qu'elle n'avait pas chez elle. En tout bien, tout honneur. 
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LE VIEUX CHATELET LA NUIT 

Attention, créatures de rêve(s) et endroit fatal. Vraiement ? Il y aura bientôt trois ans que je ne suis pas allé à Paris. Que je n'ai plus vu mes amis marcheurs, ceux de PSA (eh oui, deux ou trois) ou encore mon amie Sappho. Je ne suis jamais retourné à Noisy-le-Roi où j'ai passé vingt-cinq ans. C'est la vie, ça ne manque pas, à personne.

 

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Emmanuel Le Roy Ladurie

Où l'on voit que l'essentiel, avec les écologistes, chère CLARA, c'est de ne pas trop les laisser s'occuper du climat. Ils auront du mal à me dire le contraire, ils seraient obligés de se mettre à lire. - Et à compter.

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MA CHIENNE PROGRESSE ENCORE ?

USQUE NON ASCENDAT ? Elle comprend et obéit quand on lui dit " Va chercher X". Ou Y. Normal, direz-vous, chère Clara, c'est un chien de berger. Mais tout de même... Elle obéit aussi à "Pas bouger ", ce qui est très, très très dur pour un chien : ne plus être avec son maître, le regarder partir. C'est beau, les chiennes. Photo : Leica attendant  de renter pendant que Petite Mère, Gic, fait des réussites sur son ordi. 

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Et ma chienne rêve qu'elle court dans la lavande, au pied de Sainte-Victoire.